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Une analyse complète du présent et devenir des rejets de Fukushima (4/4/2011) - le 14/03/2012 - 23h49 par webmestre

Les critères de sécurité des centrales japonaises devront être réexaminées (30/3/2011) - le 14/03/2012 - 23h49 par webmestre

Un article du journal Le Monde

LEMONDE.FR | 30.03.11 | 10h20  •  Mis à jour le 30.03.11 | 17h41

  Thierry Charles, directeur de la sûreté des installations nucléaire à l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), évoque dans un "chat" les pistes possibles pour endiguer les fuites radioactives à la centrale de Fukushima.

JL : Le volume d'eau contaminée semble considérable. Même si on évacue cette eau dans un tanker, que va-t-on en faire ? On ne peut pas stocker l'eau indéfiniment, et les éléments volatils qu'elle contient interdisent de l'évaporer, que fera-t-on de ces mètres cubes d'eau ? Je travaille sur le stockage nucléaire, je ne connais aucune technique fiable pour du stockage d'eau à long terme.

Thierry Charles : Il faut rappeler que l'eau dont on parle provient de trois sources. La première, c'est l'eau qui a été envoyée au-dessus des réacteurs et qui donc ruisselle sur le site (par exemple 4 500 m3 d'eau ont été injectés au-dessus du réacteur n° 3. Une partie de cette eau a donc rejoint l'océan. Une deuxième origine, c'est le tsunami qui a amené de l'eau sur le site. Et une troisième origine, c'est de l'eau qui provient de l'enceinte de confinement des bâtiments réacteurs et qui explique la très forte contamination rencontrée à certains endroits des bâtiments auxiliaires.

Tepco a deux possibilités pour intervenir dans les bâtiments auxiliaires : pomper l'eau pour la mettre dans des réservoirs, soit du site soit un tanker par exemple, ou, s'il fallait à tout prix intervenir près d'un endroit où il y a de l'eau très contaminée, rejeter un peu d'eau contaminée à l'océan. Dans l'état actuel, Tepco essaie au maximum de limiter les rejets en mer et privilégie la mise en cuve de cette eau. Pour le traitement ultérieur, il faudra examiner quelles sont les meilleures solutions pour traiter cette eau. Mais ce n'est pas l'urgence actuellement.

Hervé : Poser des bâches sera-t-il efficace ?

Thierry Charles : Il y a deux définitions possibles pour le mot "bâche". Une bâche peut être une couverture que l'on met sur une zone ou un équipement contaminé, pour limiter le transfert de contamination. Mais une bâche est aussi une autre façon d'appeler une cuve. C'est un récipient dans lequel on peut mettre de l'eau contaminée. Dans la dépêche de l'AFP parlant en même temps de bâche et de tanker, le terme "bâche" doit être compris comme désignant une cuve, qui peut recevoir de l'eau après pompage.

Timoré : Pourquoi ne pas avoir utilisé de cuves dès le départ ?

Thierry Charles : Il faut rappeler que lorsqu'est arrivé l'accident, les exploitants du site ont eu à faire brutalement face à six réacteurs qui étaient accidentés et à sept piscines d'entreposage de combustibles usés. Ils ont donc agi dans l'urgence pour refroidir à tout prix les cœurs des réacteurs et maintenir de l'eau dans les piscines. C'était l'enjeu majeur pour éviter un accident encore plus grave. A cette époque, la question du devenir de l'eau était un peu secondaire. En revanche, maintenant que la situation s'améliore pour les cœurs et les piscines, c'est effectivement l'eau qui est dans les bâtiments qui les gêne pour intervenir. L'eau a été un bien nécessaire, mais devient une difficulté pour l'intervention actuelle. Ce qui permet de dire que la situation va durer encore plusieurs semaines avant d'avoir une stabilisation.

Bob : La présence de MOX dans l'un des réacteurs entraîne-t-elle des risques supplémentaires ?

Thierry Charles : Dans le réacteur n° 3, il y a effectivement 32 assemblages MOX sur les 548 assemblages qui constituent le cœur. Qu'est-ce qu'un combustible MOX ? C'est un combustible qui contient avant son chargement dans le cœur environ 6 % de plutonium. Après irradiation, lors du déchargement du combustible, il en reste environ 4 %. Dans le cas d'un combustible à base d'uranium enrichi, au départ, il n'y a pas de plutonium. En revanche, lorsqu'on le décharge, il y a 1 % de plutonium. Et durant l'utilisation de ce combustible à base d'uranium dans le réacteur, environ 30 % de l'énergie qu'il produit provient de la consommation de plutonium qui s'est formé au cours de l'irradiation. Donc tout combustible contient du plutonium.

En termes de risques en cas de rejet, les radioéléments les plus dangereux immédiatement sont les produits de fission, notamment les iodes, les césiums, les gaz rares. Le plutonium est en revanche un radioélément qui est moins facilement rejeté lorsque le cœur est très dégradé. Donc de ce point de vue, le fait d'avoir des combustibles MOX dans le réacteur ne change pas fondamentalement les conséquences.

Agnes : Pourquoi est-il si difficile de refroidir les réacteurs ? Pourquoi la température augmente de nouveau dès l'arrêt du refroidissement ?

Thierry Charles : A l'arrêt d'un réacteur, il y a une puissance thermique contenue qui est très élevée. Elle est due à la décroissance des radioéléments qu'il y a à l'intérieur. Par exemple, pour un réacteur tel que celui de Fukushima 2 ou 3, la puissance thermique au moment de l'arrêt était de 2 400 mégawatts. Au bout de deux jours, il reste encore environ près de 8 mégawatts. Donc l'enjeu est d'évacuer la puissance thermique résiduelle très élevée (8 mégawatts), qui décroît au fil du temps. L'apport d'eau permet d'évacuer les calories produites. En revanche, dès qu'il n'y a plus d'eau, les calories restent présentes et continuent à vaporiser l'eau du cœur, augmentant la dégradation du combustible et entraînant sa fusion.

Cette fusion peut conduire à percer la cuve du réacteur et à atteindre le béton qui constitue l'enceinte de confinement. Pour éviter cela, il faut à tout prix maintenir le refroidissement du cœur, et donc avoir une présence d'eau permanente. Actuellement, pour refroidir, Tepco injecte de l'eau en permanence. La situation commencera à être maîtrisée lorsque l'eau présente dans la cuve du réacteur pourra être refroidie par un système externe, sans ajout d'eau dans la cuve.

P. Alain : Quelles seraient les conséquences en termes de radiations si l'un des cœurs finissait par traverser toutes les couches de confinement y compris la dalle de béton ?

Thierry Charles : Si l'on suppose que le combustible en fusion atteint le béton, comme il est très chaud, il va réagir avec le béton et commencer à le percer. Dans le cas de Fukushima, il y a environ 8 mètres de béton. Si le bain en fusion est refroidi par de l'eau en même temps, il est très probable que ce bain s'arrêtera dans le béton. En revanche, s'il venait à traverser le béton, il atteindrait la roche qui est sous le bâtiment et continuerait à dégrader la roche, le temps de se refroidir en s'étalant. Donc on aurait affaire in fine à un mélange solidifié.

Le risque est alors lié à la présence d'eau de ruissellement dans le sol, qui pourrait entraîner des radioéléments contenus dans ce métal solidifié vers l'océan. L'enjeu est toutefois plus important lorsqu'il y a des rejets atmosphériques que lorsqu'il y a des rejets vers l'océan, car si on a toujours besoin de respirer, on peut éviter de consommer des produits marins – algues, coquillages, poissons.

Bertrand : Vu le temps d'intervention limité des hommes sur place à Fukushima et les doses maximales autorisées, y aura-t-il bientôt un problème de main-d'œuvre qualifiée pour intervenir sur la centrale ?

Thierry Charles : Les règles en matière d'intervention sont de limiter l'exposition des travailleurs à 250 mSv. Cela impose à l'exploitant de bien définir les opérations à réaliser et les protections à utiliser. Il est clair qu'il y a besoin de renouveler les équipes périodiquement ; tout dépend de l'effectif des équipes spécialisées dans le domaine au Japon. A notre connaissance, Tepco n'a pas fait état de difficultés sur ce point pour l'instant.

Bérengère : Selon vous, la radioactivité contenue dans l'air à Tokyo est-elle sous-estimée ?

Thierry Charles : Sur Tokyo, il a été fait de nombreuses mesures par différents organismes. L'IRSN dispose même d'une balise présente sur l'ambassade de France, comme celles qui équipent la France. On voit que le débit de doses a doublé suite à l'accident de Fukushima par rapport à l'exposition naturelle, mais ce ne sont pas des valeurs significatives pour la santé. Actuellement, le débit de doses est en légère décroissance.

Marie : Même si le taux de radioactivité n'est pas très élevé, le fait d'y être exposé pendant plusieurs semaines n'aggrave-t-il pas les effets sur la santé pour la population proche du site (Tokyo inclus) ?

Patricia : Ces doses minimes peuvent-elles être dangereuses pour les bébés ?

Thierry Charles : Je vais faire une comparaison avec la radioactivité naturelle. Si l'on prend le cas de la France, selon que vous habitez à Paris ou dans le Limousin ou en Bretagne, la dose reçue par la personne qui vit dans la région peut varier d'un facteur 1 à 3. Dans le cas de Tokyo, le fait d'avoir une radioactivité naturelle qui est doublée ne change pas fondamentalement l'impact.

En revanche, il faut être plus prudent pour les enfants en bas âge du fait de la présence d'iode. Et à cet égard, le gouvernement japonais a été amené à interdire temporairement l'usage d'eau de boisson du réseau pour les enfants en bas âge.

Cédric : En l'état actuel des connaissances, combien de temps faudra-t-il pour que le site redevienne fréquentable par les hommes ? Et pourrait-on avoir une idée aussi de ce délai pour les zones alentour ?

Thierry Charles : Commençons déjà par le retour à une situation stabilisée et pérenne des installations. Le temps se compte déjà en semaines, voire en mois. Ensuite, il y aura besoin d'intervenir sur le site de l'installation hors des bâtiments, et on parlera sûrement en années.

Pour information, à la suite de l'accident de Three Mile Island, aux Etats-Unis, en 1979, pour lequel il y avait eu fusion du cœur dans la cuve du réacteur, sans rejets significatifs à l'extérieur, l'accident est arrivé en 1979, et le cœur dégradé présent dans la cuve n'a été évacué qu'au début des années 1990.

Pour les terrains à l'extérieur de la centrale, il importe maintenant de faire des mesures précises de la contamination déposée pour évaluer les actions à réaliser. Elles peuvent être de plusieurs types. Par exemple, pour les zones les plus contaminées, éloigner les personnes qui seraient présentes ; pour d'autres zones, permettre une vie normale sans consommer les productions agricoles locales ; et pour d'autres zones encore, permettre une vie normale en contrôlant les productions locales avant de les consommer ou de les commercialiser.

L'étendue de ces zones va dépendre des conditions météorologiques lors du rejet (direction des vents, existence de pluies qui peuvent rabattre au sol la contamination) et qui ne peuvent être valablement évaluées que sur la base de mesures. Sur ce point, une première cartographie a été faite à l'aide d'un hélicoptère américain équipé de mesures de détection gamma.

Jean-Marc : Est-ce que vous pensez que le périmètre étendu à 30 kilomètres autour de la centrale sera suffisant ? Croyez-vous qu'il y aura par exemple un risque pour la santé à 100 kilomètres de la centrale de Fukushima ?

Thierry Charles : Il faut distinguer les périmètres d'évacuation avant qu'il n'y ait de rejet, l'objectif étant de soustraire les populations à l'impact du rejet qui va arriver, des zones de protection post-accidentelles qui, elles, sont définies sur la base de mesures faites sur le terrain.

Dans le premier cas, les périmètres d'évacuation, de mise à l'abri ou de prise d'iode sont définis sur la base d'une estimation du rejet à venir, et non pas sur la réalité des dépôts sur les zones impactées par le rejet. Dans le second cas, après un accident, les distances pour lesquelles il y aura à prendre des mesures vont être fonction de la cartographie des contaminations sur les sols qui, elles, dépendent des directions des vents et des pluies qui ont pu survenir.

Dans le premier cas, vous définissez des périmètres d'évacuation exprimés en cercles, ou en portions de cercles, selon la météorologie ; en post-accidentel, vous mesurez les dépôts survenus du fait de la météorologie réelle et à moyenne distance, vous avez ce que l'on appelle des "contaminations en taches de léopard". Ce qui veut dire que, par endroits, du fait par exemple des pluies, vous avez eu des dépôts localisés plus importants que dans d'autres zones.

Guest : Pourquoi, depuis que l'accident s'est produit, ne peut-on toujours pas savoir si le cœur est fondu ?

Thierry Charles : Le cœur est dans la cuve du réacteur. Les informations disponibles donnent une indication sur le niveau d'eau dans la cuve et montrent qu'une partie du combustible est hors de l'eau, variant entre 30 et 70 % selon les réacteurs. Cela veut dire que les combustibles des trois réacteurs sont certainement partiellement fondus. Dans le cas du réacteur n° 1, ce combustible partiellement fondu est toujours dans la cuve du réacteur. Dans le cas des réacteurs n° 2 et 3, il ne peut pas être confirmé qu'il n'y a pas déjà eu une dégradation de la cuve par ce cœur fondu.

En revanche, les indications de pression dans l'enceinte de confinement contenant la cuve du réacteur ne montrent pas d'effet lié à une réaction entre le cœur fondu et le béton. Cela tendrait à signifier que si du combustible fondu a percé la cuve pour les réacteurs 2 et 3, la quantité qui serait sortie de la cuve devrait être faible.

Camille : Je ne comprends pas bien ce qui prévient un emballement des réactions et donc une catastrophe de type Tchernobyl. Quelles seraient les conditions "nécessaires" pour arriver à une telle situation ?

Thierry Charles : A Tchernobyl, l'accident est survenu dans un réacteur en fonctionnement. Il y avait donc une réaction nucléaire qui se développait et du fait d'une mauvaise gestion de la réactivité du cœur, il y a eu un emballement brutal de la réaction de fission, qui a expulsé la dalle de couverture du réacteur. Le cœur s'est donc retrouvé à l'air libre, avec un feu important pendant une douzaine de jours, en raison de la présence de graphite dans le cœur. Le graphite est du charbon ultra-pur. En outre, à Tchernobyl, il n'y avait pas d'enceinte de confinement autour du réacteur. Pour cette raison, les rejets ont été très importants.

A Fukushima, le réacteur était à l'arrêt depuis quelques heures avant le début de dégradation du cœur, la réaction de fission était arrêtée, il n'y avait pas de graphite pouvant induire un incendie, et il y avait une enceinte de confinement en béton recouverte intérieurement par une peau en acier. Les explosions qui ont été observées au-dessus de l'enceinte de confinement sont dues à l'hydrogène produit par la dégradation des gaines des combustibles.

Afin de maintenir l'étanchéité de l'enceinte de confinement, qui montait en pression du fait du refroidissement insuffisant, Tepco a été amené à ouvrir une vanne permettant de réduire la pression dans l'enceinte de confinement. Cela a conduit à un rejet de radioactivité et d'hydrogène dans les parties hautes des bâtiments, dans lesquelles l'hydrogène a explosé. Ces explosions n'ont pas dégradé l'enceinte de confinement de manière importante. Le fait de conserver une enceinte de confinement, même inétanche, autour des réacteurs contribue à réduire les rejets et constitue une des différences majeures avec Tchernobyl.

En conclusion, la réaction de fission était à l'arrêt lors des problèmes de refroidissement des réacteurs de Fukushima. C'est la puissance thermique résiduelle du cœur qui pose problème. L'enjeu a été, et est toujours, de refroidir le cœur, mais on ne craint pas une explosion "atomique".

Gheorghe : La centrale de Fukushima était-elle considérée comme "dangereuse" avant cette catastrophe ?

Thierry Charles : La centrale a été dimensionnée pour résister à un séisme, et elle avait été placée sur une plate-forme de 6,50 m de haut par rapport au niveau de la mer. Lors du séisme très violent qui est survenu, les trois réacteurs en fonctionnement se sont arrêtés automatiquement, et ont été refroidis par les systèmes de secours normaux du réacteur. S'il n'y avait eu que le séisme, nous ne serions pas là pour en parler. En revanche, une heure après cet arrêt normal est survenue la vague du tsunami, qui a dépassé la digue qui allait à 6,50 m. C'est cette vague qui a fait perdre les circuits électriques et les moyens de refroidissement du réacteur. Le risque lié au séisme et au tsunami avait été pris en compte, mais si, pour le séisme, ces dispositions étaient suffisantes, elles ne l'ont pas été pour le niveau d'eau induit par le tsunami. Cela imposera sûrement des réexamens de ces questions sur les autres centrales japonaises.

Célina : Pourquoi les Japonais ne construisent pas en ce moment même ce qui pourrait servir de "sarcophage" à la centrale ?

Thierry Charles : On va commencer par faire une distinction importante avec Tchernobyl. Les opérateurs qui interviennent sur le site actuellement ne sont en aucun cas des "liquidateurs" au sens utilisé lors de l'accident de 1986. Les conditions d'intervention sont définies pour limiter leur exposition. Ils n'ont pas à intervenir à tout prix à côté d'un cœur de réacteur en plein air. Deuxième point : il n'est pas question de parler de sarcophage. A Fukushima, le cœur est toujours dans l'enceinte de confinement, même si celle-ci n'est pas étanche. En revanche, les bâtiments des réacteurs ayant été fortement dégradés par les explosions, il sera nécessaire de réaliser autour une sorte de bâtiment pour mettre le bâtiment endommagé à l'abri de l'atmosphère et pour permettre les opérations de décontamination et de nettoyage. Mais cela n'a rien à voir avec un sarcophage construit dans l'urgence et imposé par le fait que le cœur était en plein air à Tchernobyl.

Sarah : Pensez-vous qu'au vu des derniers déroulements à Fukushima il pourrait y avoir une "redéfinition" de l'échelle de l'International Nuclear Events Scale (INES) ?

Thierry Charles : L'échelle INES permet de graduer l'importance des accidents. Elle va de 0 à 7, 7 étant l'équivalent de Tchernobyl, pour lequel le cœur était complètement à l'air. De ce point de vue, l'accident de Fukushima se classera en dessous du niveau 7, et l'échelle est adaptée pour ce classement.

Il appartient à l'autorité japonaise de classer l'accident dans l'échelle INES. Au début, elle l'avait classé à un niveau insuffisant, et il a été déjà réévalué. Il faut donc attendre maintenant l'évaluation finale qui sera donnée par les Japonais. L'ASN française a pour sa part estimé qu'il pouvait être classé à un niveau 6.

Jean-Claude : Assiste-t-on à un "Tchernobyl à bas bruit", le cumul des effets sur des semaines, des mois, voire des années produisant une pollution différemment répartie, mais au moins équivalente ?

Thierry Charles : L'accident de Fukushima est effectivement un accident grave dans la mesure où il y a eu des rejets importants. Une estimation faite par l'IRSN conduisait à estimer les rejets à environ 10 % de ceux de Tchernobyl pour les radioéléments les plus volatils (les iodes, les césiums, les tellures). Cette contamination est importante et l'objectif des Japonais maintenant, dans la phase post-accident, va être de cartographier les dépôts dans l'environnement du site sur des dizaines de kilomètres pour voir la réalité de la contamination.

Ce ne sont que ces mesures-là qui pourront permettre de prendre des mesures de protection des populations dans le temps. Dans tous les cas, les zones concernées seront plus faibles que celles de Tchernobyl, et ce pour une raison toute simple : une partie des rejets atmosphériques a été dispersée au-dessus de l'océan, et donc pas sur les terres.

Forum modéré par Mathilde Gérard


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Situation des réacteurs nucléaires au Japon suite au séisme majeur survenu le 11 mars 2011 (18/03/2011) - le 14/03/2012 - 23h49 par webmestre

L’ASN fait le point sur la situation de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi (15/3/2011) - le 14/03/2012 - 23h49 par webmestre

     Séisme au Japon
Communiqué de presse n°9 du mardi 15 mars 2011 à 19h00
 

 


L’ASN fait le point sur la situation de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi
Evolution préoccupante de la piscine de stockage du combustible du réacteur n°4.


 

Le 11 mars 2011 à 14h46 (heure locale), un séisme a frappé la centrale de Fukushima Daiichi entraînant son arrêt automatique.

Le séisme a également provoqué :

• la perte des deux alimentations électriques externes de la centrale qui n’a pas été compensée par les groupes électrogènes de secours pour des raisons actuellement inconnues ;


• un tsunami qui a affecté la station de pompage de la centrale nucléaire nécessaire au refroidissement du réacteur (source froide).

Le 15 mars les mesures d’évacuation de la zone des 20 km autour de la centrale ont été pratiquement achevées et les autorités japonaises ont demandé la mise à l’abri de la population dans un rayon de 30km. Le survol de cette zone est désormais interdit.

Les opérations de décompression volontaire des enceintes conduisent à des rejets radioactifs. Les balises de villes localisées entre la centrale et Tokyo, le long des cotes, relèvent une élévation des débits de dose mesurés. De même pour les balises situées à proximité de l’agglomération de Tokyo. Toutefois, à Tokyo, cette élévation des mesures des balises ne nécessite pas de mesure particulière de protection des populations.

La radioprotection des travailleurs sur le site devient préoccupante ; le gouvernement a relevé le seuil de dose maximale des travailleurs, il y aurait des difficultés au niveau de l’habitabilité des salles de commande.

I – Point de la situation sur le réacteur n°2

La fusion partielle du cœur est confirmée, l’exploitant poursuit l’opération de refroidissement du cœur par injection d’eau de mer autant que possible.

Deux explosions successives, à 06h10 et 10h (heure locale), ont probablement entraîné une dégradation de l’enceinte de confinement en sa partie inférieure. Cette perte de l’intégrité de l’enceinte serait à l’origine de l’augmentation significative des rejets radioactifs détectés de manière ponctuelle en limite du site.


Pour rappel, le réacteur n°2 avait été automatiquement mis à l’arrêt lors du séisme.


II – Point de la situation sur la piscine de stockage du combustible du réacteur n°4

Un incendie s’est déclaré au niveau de la piscine d’entreposage du combustible usé du réacteur n°4 aux alentours de 09h30 (heure locale); l’état du combustible stocké dans cette piscine, potentiellement affecté par l’incendie, n’est pas déterminé.

Le feu a été éteint vers 12h00 (heure locale) ; les autorités japonaises précisent cependant que des rejets radioactifs sont susceptibles d’être émis directement à l’atmosphère. Une partie des assemblages de combustible stockés serait désormais découverte ; TEPCO et les autorités japonaises recherchent des moyens d’appoint en eau.

Ce réacteur était à l’arrêt pour maintenance lors du séisme depuis novembre 2010.


III – Point de la situation des réacteurs n°1 et 3

La fusion partielle des cœurs de ces deux réacteurs est confirmée. Le refroidissement de chacun des réacteurs par injection d’eau de mer se poursuit autant que possible. Chaque enceinte de confinement est restée intègre après les explosions survenues sur ces réacteurs.

Les opérations de décompression volontaire de l’enceinte sont effectuées régulièrement ; elles peuvent conduire à des rejets radioactifs.


IV - Point de la situation sur les réacteurs n° 5 et 6 – élévation de la température des piscines

Les réacteurs n°5 à 6 étaient à l’arrêt pour maintenance lors du séisme.

Une augmentation de la température de l’eau des piscines stockant le combustible est observée.

 


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Quelques informations issues de l’ambassade de France à Tokyo, sur l’état à 20 heures lundi 14 mars 2011 - le 14/03/2012 - 23h48 par webmestre

     Christian Holbe - IRSN/DSR/SEREP
De l'ambassade de France - Lundi 14 mars 2011 à 20H
 

 


Quelques informations issues de l’ambassade de France à Tokyo, sur l’état à 20 heures lundi 14 mars. La situation évolue d’heure en heure mais pas d’infos vraiment nouvelles par rapport à l’état à 16 H00 décrit dans Wikipédia.



*** Fukushima I-1

  • La pression à l’intérieur de l’enceinte de confinement du réacteur est de 0.35 MPa, les combustibles sont hors d’eau sur une longueur de 1.7 mètres.
     
  • Le remplissage d’eau de mer continue dans cœur + enceinte de confinement (20t/h). Le réacteur devrait être plein, mais il est difficile de le confirmer.
     
  • Conférence de presse de NISA (16h50) : le taux de radioactivité sur le site de Fukushima I est plutôt stable. Demande les évacuations aux habitants sur un rayon de 20 km. L'agence de météo prévoit la direction des vents vers le Pacifique ce soir.
     
  • A la suite de l'explosion de Fukushima I-3 à 11h ce matin, quelques camions citernes sont hors d’usage. A ce stade, deux camions seulement fonctionnent, et on ne peut injecter de l'eau à 3 réacteurs.


    *** Fukushima I-2
  • Nouveau : A 13h30 heure japonaise, les autorités ont constaté suite à un arrêt du système de refroidissement (13H25) que le niveau d’eau de Fukushima I-2 avait commencé à baisser. Ils s’apprêtent à démarrer des travaux pour percer le toit du bâtiment réacteur et afin d’éviter un scénario d’explosion similaire à Fukushima I-1 et I-3.
     
  • Nouveau : A 16H54, le porte parole du gouvernement annonce que : le combustible risque bientôt de ne plus être couvert par l’eau du cœur. TEPCO se prépare à injecter de l’eau de mer dans le cœur du réacteur, opération qui a débuté à 16h34.
     
  • Nouveau : 16H50 : baisse du niveau d’eau dans le réacteur. Ouverture d’une vanne (sans doute enceinte de confinement).
     
  • 19H54 : Confirmation que le niveau d'eau a baissé au dessous du niveau haut des combustibles, qui commencent donc à être découverts.
     
  • La NHK indique maintenant que le combustible serait entièrement exposé (plus couvert du tout). Pour l'instant, l'injection de l'eau n'est pas possible selon NISA du METI en raison de panne de véhicule à pompe. On ne peut exclure une possibilité de fusion du coeur, qui pourrait se dérouler en quelques heures si l’injection d’eau n’est pas possible.
     
  • NOUVEAU : TEPCO recommence à injecter de l’eau dans le réacteur, et le niveau monterait très lentement.


    *** Fukushima I-3
  • Nouveau : Une très violente explosion s’est produite à 11h01 heure locale sur le réacteur Fukushima I-3. Elle a été beaucoup plus violente que l’explosion du 12 mars sur le réacteur Fukushima I-1. Les images montrent un panache de fumée noire, s’élevant très haut, avec plusieurs morceaux très lourds, sans doute du béton, qui montent verticalement et latéralement, et qui redescendent rapidement sous l’effet de leur poids.
     
  • Selon les indications des autorités japonaises, les premières indications montrent que le confinement aurait été maintenu : montée de radioactivité aux alentours de la centrale homogène avec les valeurs observées lors de l’explosion sur Fukushima I-1 du 12 mars, la pression à l’intérieur de l’enceinte de confinement est d’environ 0.36 MPa, l’injection d’eau se continue. Les éléments combustibles sont toujours dégardés sur une hauteur de 1.8 mètre environ.
     
  • "Le bâtiment du réacteur a explosé mais l'enceinte de sécurité n'a pas été endommagée. La salle des contrôles du réacteur 3 reste opérationnelle", a déclaré l'AIEA dans un communiqué, précisant qu'elle a été informée par la NISA.
     
  • Il y aurait 3 blessés et 7 disparus.
     
  • L’exploitant s’inquiète de la conséquence de la chute des morceaux lourds expulsés lors de l’explosion (béton ?), qui pourrait conduire à des dégradations sur d’autres parties de la centrale.
     
  • Nouveau : Communiqué porte parole Gouv 16H15- Travail actuellement pour reprendre l'injection d'eau dans la cuve / Stable pour le moment / mais gros effort nécessaire pour arriver à remplir la cuve.
     
  • A 16H54, le porte parole du gouvernement annonce que : TEPCO se prépare à redémarrer l’injection d’eau de mer dans le cœur. Le niveau de radioactivité du réacteur n’a pas changé.


    *** Centrale Fukushima II

     
  • Dans la matinée : Reprise du système de refroidissement de 2 réacteur de "Fukushima II (1, 2)" ce matin après le changement du moteur. La pression de l'intérieur de "Fukushima II-1 est en baisse. La reprise du système sur "Fukushima II-4" est attendu
     
  • L’AIEA précise, en provenance de la NISA : les 4 réacteurs de la centrale de Fukushima, arrêtés automatiquement vendredi, "disposent d'une source d'énergie hors site et les niveaux d'eau dans toutes les unités sont stables", a précisé l'AIEA. "Bien que des préparatifs aient été faits en ce sens, aucune opération n'a été menée pour relâcher la pression sur aucun des réacteurs", a indiqué l'agence dans ce communiqué antérieur aux explosions près du réacteur 3. Sur le réacteur 1, le système de refroidissement du réacteur a été en partie rétabli et "les travaux sont en cours pour parvenir à un arrêt total du réacteur". "Les équipes des réacteurs 2 et 4 travaillent à restaurer les systèmes de refroidissement de chaleur résiduelle. Le réacteur 3 a été complètement arrêté", a précisé l'agence.


    *** Tokai 2, (REB, 1100MW)

    • RAS

    *** Irradiations, contaminations
  • Une équipe de 17 personnes du NIRS (National Institute of Radiobiological Science) a été envoyée dans la ville de Fukushima (300 000 habitants, à 60 km environ des centrales), composée de médecins et de spécialistes des mesures nucléaires.
     
  • 100 personnes contaminées ont été traitées.
     
  • Envoi de deux experts de NRC au Japon (annonce du 1er ministre)
     
  • Un ouvrier de TEPCO qui travaillait sur le dégazage a la centrale Fukushima I (probablement réacteur 3) a reçu une dose évaluée à 106,3mSv et a été hospitalisé a 17H30.
     
  • Nouveau : 17 membres de l'équipage de l'hélicoptère du porte-avion ont été irradiés pendant l'opération de sauvetage près de la ville de Sendai. L'hélicoptère a aussi été irradié. Suite à la décontamination, ils n'ont plus de trace de radioactivité
     
  • Un employé de TEPCO (23ans) est irradié à la suite de l'explosion de Fukushima I-3 à 11h ce matin (JIji 17h52)


    16H Le taux de radioactivité de trois personnes qui avait subi la décontamination samedi, reste toujours élevé. Ils ont été transportés à l’hôpital spécialisé. (Yomiuri Shimbun)



    *** Divers
  • L’eau de toutes les piscines de combustible usé des tranches de Fukushima I et Fukushima II tourne en circuit fermé depuis le début de l’incident. La température de l’eau commence à augmenter, sans que cela soit inquiétant.



 

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